Game artworks | Blog | Emucamp | Pirate's Portal

Rainbow Arts en 1988, au paradis du copyright

"A beginning is a very delicate time"

Pendant toute la période des années 80, les premiers jeux publiés à l'arrivée sur le marché d'un nouveau micro-ordinateur sont particulièrement dignes d’intérêt. Ils représentent généralement l'exploit d'avoir été créés par des programmeurs qui découvrent la machine tout en essayant de tenir dans une deadline serrée pour livrer un jeu le plus tôt possible, quitte à passer outre certains détails.

Dans cette ruée vers la release, la société Rainbow Arts a plusieurs fois frôlé le plagiat manifeste. Le jeu The Wall, édité en 1988, présente la particularité d'être passé sous le radar juridique.

The Wall, screenshot

Quand on boote la première disquette, on est accueilli par une boucle samplée d'une qualité musicale plutôt rare pour un jeu micro. L'arrangement à la fois riche et équilibré attire l'attention et se démarque des musiques d'introductions numérisées, spécifiquement composées pour les jeux et généralement bien plus ostentatoires.

Et pour cause, la musique d'introduction de The Wall, sur Amiga, est samplée à partir de Run like hell de Pink Floyd, tiré de l'album auquel le jeu emprunte son nom.

La surprise ne s’arrête pas là, car le temps du chargement, un sample de Take me home de Phil Collins résonne dans le haut parleur.

Enfin, une fois la partie démarrée, c'est un autre sample du Crockett's theme de Jann Hammer qui fait le fond sonore, tout juste couvert par les bruitages. En 1984, Jann Hammer a entièrement réalisé le theme de Miami Vice sur un Fairlight CMI, premier synthétiseur/séquenceur commercial à utiliser le sampling comme base d'instrument. Cette technique allait finalement apparaître en 1987 sur Amiga avec Ultimate Soundtracker.

A la sortie du jeu, dans la presse Française de l'époque, ni le Tilt n°63 (Février 1989, dossier "Casses Briques") ni le Génération 4 n°3 (Avril 1988) ne remarquent ces étranges similarités dans la bande son. Tout au plus Amiga News (Juin 1989) note que les musiques sont digitalisées.
On peut imaginer que la question du copyright audio, en 1988, n'était pas du tout présente dans le débat public et puis ... Shazam n'existait pas ! :)

Sample n°1 : Run like hell (Pink Floyd)

On note que le sample n'est pas restitué à la fréquence à laquelle il a été samplé. L'extrait musical et le rythme sont donc un peu plus lents.


Sample n°2 : Take me home (Phil Collins)

Ici également, la relecture du sample est fortement ralentie, ce qui en change complètement le rythme.


Sample n°3 : Crockett's Theme (Jann Hammer)